Face aux difficultés que nous rencontrons de plus en plus fréquemment pour recevoir des enfants, même scolarisés en maternelle, ou présentant des troubles sévères, sur le temps scolaire, trois orthophonistes de Pont-de-Claix ont écrit à l'inspectrice d'académie, Madame Bossnnec. Dans un souci de n'assurer que des soins de qualité, elles sont prêtes à renoncer au suivi de ces enfants s'il n'est pas possible de les recevoir décemment.  Pour notre part, nous n'avons pas renouvelé l'expérience précédente : nous avions réussi à arracher un rendez-vous à l'issue de notre cinquième courrier à l'Académie, mais l'impossibilité de dialogue était telle que rien n'avait pu en résulter. Nous avons préféré cette fois-ci, discuter avec un médeccin scolaire qui a suggéré que les parents demandent au directeur de l'école une rencontre avec le médecin scolaire qui pourra selon le cas appuyer la demande de sortie pour soins. Notre but est de travailler en bonne intelligence avec les écoles et non de nous battre avec l'administration.

Nous publions ici l'intégralité de la lettre de Carine Faure, Leslie Fauconnier et Elodie Murian, et saluons leur initiative.

 

Le 21 Septembre                                                                                                  A :         Mme Bossnnec

                                                                                                                                           Inspectrice d’Académie

 

 

Objet : Prises en charge orthophoniques sur le temps scolaire           

 

 

Madame,

 

les parents de nos patients scolarisés à Pont de Claix nous ont informées de la décision des écoles de ne plus accepter que des séances d’orthophonie aient lieu sur le temps scolaire.

 

 Il y a deux cas nécessitant que nous voyions les patients sur le temps scolaire. Il est possible que nous n’ayons pas d’autre créneau à proposer, en particulier en début de suivi. Mais pour de nombreux patients, en particulier les plus jeunes ou les plus en difficulté, il n’est pas pertinent d’ajouter un suivi en plus de l’école, l’enfant étant trop fatigué pour se concentrer avec nous et donc pour progresser.

 

Un grand nombre des patients que nous suivons ont été envoyés par les équipes pédagogiques et médicales de l’Education Nationale (enseignants, psychologue scolaire et médecin scolaire). Nous essayons de travailler le plus possible en collaboration avec eux et prenons dès que possible les élèves lorsqu’on nous en fait une demande urgente.

Nos comptes-rendus mettant en évidence la nécessité d’un suivi sont disponibles pour le médecin ou la psychologue scolaires et permettent de vérifier la pertinence d’un suivi. Nous ne doutons pas que les équipes pédagogiques peuvent, au sein des ESS, valider aussi la nécessité de la rééducation et décider s’il est préférable pour l’enfant de rester à l’école ou d’aller en séance.

 

Nous vous demandons par ce courrier, l’autorisation de laisser venir nos patients sur le temps scolaire lorsqu’il n’est pas possible de faire autrement.

En effet, il nous est impossible de placer les séances de tous les élèves en dehors du temps scolaire. Dans le cas où notre bilan a indiqué la nécessité de 2 séances hebdomadaires pour des élèves de primaire, nous essayons déjà dès que possible de proposer une séance sur le temps scolaire et une séance en dehors pour que ce soit plus équitable pour tous. Les élèves de maternelle ont des séances sur le temps scolaire pour laisser des créneaux disponibles aux enfants plus grands.

 

Dans le cas où nos patients n’auraient pas votre autorisation, nous nous verrons dans l’obligation d’arrêter les prises en charge et d’en informer le médecin scolaire et le médecin prescripteur.

 

Nous avons pris la décision au sein de ce cabinet de ne pas garder la séance hors temps scolaire lorsque l’enfant bénéficie de deux séances par semaine. En effet, si notre bilan préconise un suivi plus intensif, nous savons que l’effet de notre travail ne sera pas optimal. Nous avons à Pont de Claix une liste d’attente de plus de deux ans. Les familles attendent donc parfois longtemps, malheureusement, pour débuter une prise en charge. Nous jugeons donc importants de proposer un suivi efficace et non pas tronqué.

 

Sachez qu’il est loin d’être évident pour nous d’envisager annoncer aux familles, conscientes de l’importance du suivi, qu’il risque de s’arrêter et de laisser des enfants en difficulté sans aide. Cela s’apparente pour nous à un défaut de soin.

En espérant que vous comprendrez notre position, délicate, nous vous adressons, Madame, nos respectueuses salutations.